Le ministère de la Sécurité publique voulait fermer la rue. Les diplômés, eux, ont décidé de maintenir la pression.Après l’interdiction de leur manifestation prévue le 9 septembre à N’Djamena, la plateforme Sabarna et le Collectif des diplômés sans emploi ont répliqué ce samedi 5 septembre par un point de presse au ton ferme. Le sit-in est reporté, mais la colère, elle, reste intacte.

La décision des autorités n’a manifestement pas suffi à éteindre la contestation. Elle semble même avoir produit l’effet inverse : transformer une simple mobilisation de diplômés en véritable bras de fer autour de la question de l’emploi, des promesses publiques et du droit de manifester.

Face aux journalistes, les responsables des deux mouvements n’ont pas caché leur frustration. Ils ont pris acte de l’interdiction, mais refusent d’y voir la fin de leur combat. Le rassemblement du 9 septembre est reporté, certes. La revendication, elle, ne l’est pas.

Pour les diplômés sans emploi, le problème n’est pas la rue. Le problème est précisément ce qui les y pousse : des années d’attente, des diplômes qui s’accumulent et des perspectives professionnelles qui restent désespérément étroites.

Interdire une marche peut empêcher un cortège de prendre la route. Cela ne crée ni emploi, ni concours, ni recrutement. Cela ne transforme pas davantage les diplômes en contrats de travail.

C’est là tout le paradoxe de cette décision : on peut interdire une manifestation, mais on ne peut pas interdire la frustration d’une génération.

Les diplômés demandent des réponses concrètes. Ils veulent savoir où sont les emplois promis, quand les recrutements seront effectifs et quelles mesures sont réellement prévues pour absorber une jeunesse qualifiée mais laissée en marge du marché du travail.

Le repli tactique, pas la capitulation

En annonçant le report du sit-in, les organisateurs veulent éviter l'affrontement avec les autorités. Mais ils prennent soin de ne pas donner l'impression de battre en retraite.

Le message envoyé au gouvernement est clair : le report du rassemblement ne signifie pas la fin de la mobilisation.

Les responsables appellent d’ailleurs leurs relais en province à rester mobilisés. Une manière de déplacer le rapport de force : si la capitale est verrouillée, la revendication pourrait trouver d’autres espaces d’expression.

Cette stratégie pourrait compliquer davantage la tâche des autorités. Car plus la réponse institutionnelle se limite à l’interdiction, plus le débat risque de se déplacer du terrain de la sécurité vers celui de la gouvernance.

Quand l’interdiction devient elle-même un sujet de colère

Le véritable danger pour les autorités n’est peut-être pas la manifestation elle-même, mais ce qu’elle révèle.

Derrière les pancartes et les slogans se trouve une question beaucoup plus profonde : que fait-on d’une génération de jeunes Tchadiens diplômés qui estime avoir étudié, attendu et patienté suffisamment ?

À force de demander aux jeunes de patienter, il arrive un moment où la patience cesse d’être une vertu et devient une colère.

Les diplômés veulent désormais des actes. Et leur riposte de ce samedi traduit une détermination nouvelle : ils ne veulent plus seulement être entendus, ils veulent des résultats.

Le gouvernement face à son propre miroir

L’interdiction du 9 septembre pourrait donc bien être une victoire administrative à court terme, mais certainement pas une réponse au fond du problème.

Car le véritable dossier reste entier : l’emploi des jeunes, l’accès à la fonction publique, la transparence des recrutements et la crédibilité des engagements pris par les pouvoirs publics.

La question est désormais simple : combien de temps peut-on contenir une revendication sociale uniquement par des interdictions ?

Les diplômés viennent de donner leur réponse : ils reculent sur la date, pas sur leurs revendications.