L'hospitalité, la fraternité et la solidarité, longtemps considérées comme les fondements de la société tchadienne, seraient aujourd'hui en perte de vitesse. C'est le constat dressé par le Dr Mahamat Issa Helleymi, économiste et personne ressource, qui s'inquiète de l'érosion progressive de ces valeurs au profit de l'individualisme et de la quête de reconnaissance sociale.
Pour le Dr Helleymi, les comportements sociaux connaissent une profonde transformation. Il observe que les liens familiaux, autrefois au cœur des relations de solidarité, cèdent progressivement la place à des formes d'entraide davantage motivées par la visibilité que par le devoir moral.
Selon lui, il n'est plus rare de voir des personnes apporter un soutien important à des connaissances éloignées ou à des causes largement médiatisées, alors que des parents proches ou des membres de leur propre famille continuent de vivre dans des conditions précaires. « Nous assistons à un renversement des priorités affectives et familiales », affirme-t-il.
Les réseaux sociaux au cœur du phénomène
L'économiste estime que les réseaux sociaux ont profondément modifié la manière d'exprimer la générosité. Les vidéos montrant des distributions d'argent, de vivres ou de cadeaux à des personnes vulnérables se multiplient sur des plateformes comme TikTok, Facebook ou Instagram.
Si ces initiatives permettent d'apporter une aide concrète, elles soulèvent néanmoins des interrogations sur leurs motivations. Pour le Dr Helleymi, la recherche de visibilité et de reconnaissance tend parfois à prendre le pas sur l'esprit de solidarité. « La charité a perdu sa valeur intrinsèque », déplore-t-il.
Une reconnaissance devenue un objectif
Le spécialiste regrette également que certaines actions caritatives soient désormais associées à une attente de retour en termes d'image. Publications sur les réseaux sociaux, remerciements publics ou distinctions honorifiques deviennent, selon lui, des éléments recherchés par certains donateurs.
À l'inverse, les gestes accomplis dans la discrétion, au bénéfice des parents, des voisins ou des membres de la famille, passent souvent inaperçus alors qu'ils constituent, selon lui, le véritable socle de la solidarité.
Un appel à l'introspection
Face à cette évolution, le Dr Mahamat Issa Helleymi invite les citoyens à une réflexion collective sur l'avenir des valeurs qui ont façonné les sociétés africaines. « Que reste-t-il de notre humanité lorsque l'individualisme et le besoin de paraître consument nos traditions les plus nobles ? », s'interroge-t-il.
Pour lui, la force d'une communauté ne se mesure ni à sa présence sur les réseaux sociaux ni à la médiatisation de ses actions, mais à la solidité des liens de confiance, d'entraide et de fraternité qui unissent ses membres.
En guise de conclusion, il lance un appel à renouer avec les valeurs ancestrales de solidarité : « Le véritable humanisme commence sur le pas de notre porte, auprès de ceux qui nous ont vu grandir, bien loin des écrans et des applaudissements virtuels. »