À N’Djamena, les trottoirs deviennent peu à peu des lieux de travail pour des enfants qui devraient être assis sur les bancs de l’école. Eau en sachets, concombres(Fagouss), bananes, mouchoirs ou petits articles divers à la main, ils sillonnent les grandes artères de la capitale des rond-point aux grands axes pour gagner quelques francs. Derrière ces petits commerces ambulants se cache une réalité beaucoup plus brutale : celle d’une enfance sacrifiée sur l’autel de la pauvreté.

Ils sont là dès les premières heures de la journée. Certains portent sur la tête des glacières remplies de sachets d’eau fraîche, d’autres tiennent des paniers de fruits ou déambulent entre les véhicules à la recherche d’un client. À peine assez grands pour affronter les dangers de la circulation, ces enfants ont déjà appris les règles impitoyables de la débrouille.

Pendant que d’autres de leur âge prennent le chemin de l’école, eux prennent celui des carrefours, des marchés et des grands axes. Leur salle de classe, c’est parfois le bitume. Leur tableau noir, un panier de marchandises. Et leur journée de travail commence souvent bien avant que les portes des établissements scolaires ne s’ouvrent.

Le phénomène est devenu presque banal dans la capitale N’Djamena et un peu en provinces. Et c’est justement ce qui inquiète.

Dans plusieurs quartiers de N’Djamena et quelques fois dans certaines grandes ville du Tchad , il n’est pas rare de croiser des enfants vendant de l’eau en sachets, des concombres, des bananes ou d’autres produits de consommation courante. Certains travaillent après les cours, mais d’autres semblent avoir totalement quitté le chemin de l’école.

Derrière chaque enfant vendeur se trouve pourtant une histoire. Celle d’une famille qui peine à joindre les deux bouts, d’un parent sans revenu stable, d’un foyer confronté à la hausse du coût de la vie ou encore d’une famille incapable de prendre en charge les besoins essentiels de ses enfants.

Pour ces ménages, quelques centaines de francs rapportés quotidiennement par un enfant peuvent représenter une aide précieuse. Mais pour l’enfant, le prix à payer peut être beaucoup plus lourd.

L’école sacrifiée pour quelques billets

Le travail de rue n’est pas seulement une question de revenus. Il peut aussi éloigner progressivement l’enfant de l’école. Absences répétées, fatigue, manque de concentration, abandon des études : le cercle vicieux s’installe.

Un enfant qui passe plusieurs heures sous le soleil à vendre des marchandises rentre souvent épuisé. Comment peut-il encore trouver l’énergie nécessaire pour étudier, faire ses devoirs ou préparer ses examens ?

À terme, certains finissent par abandonner définitivement l’école.

Quelques billets aujourd’hui peuvent ainsi coûter un avenir demain.

Cette situation interpelle également les autorités, les familles et l’ensemble de la société. Car si la pauvreté explique en partie le phénomène, elle ne doit pas devenir une justification à la banalisation du travail des enfants.

La rue, un environnement à hauts risques

La présence quotidienne des enfants dans les rues les expose à de nombreux dangers : accidents de la circulation, violences, agressions, exploitation, mauvaises fréquentations ou encore exposition aux conditions climatiques difficiles.

À N’Djamena, où la circulation est particulièrement dense sur certains axes, voir des enfants se faufiler entre les véhicules pour proposer leurs marchandises est devenu un spectacle inquiétant.

Combien d’accidents faudra-t-il avant que cette réalité soit prise au sérieux ?

Il ne s’agit pas de condamner les familles qui envoient leurs enfants travailler. Beaucoup sont elles-mêmes victimes d’une précarité profonde. Mais il devient urgent de s’interroger sur les mécanismes de protection sociale, l’accès à l’éducation et l’accompagnement des familles vulnérables.

Une responsabilité collective

La protection de l’enfant ne peut pas reposer uniquement sur les parents. Elle implique les pouvoirs publics, les collectivités locales, les établissements scolaires, les organisations de la société civile et les citoyens.

Il faut davantage de mécanismes permettant d’identifier les enfants déscolarisés, de comprendre les raisons de leur abandon scolaire et de faciliter leur retour à l’école. Les familles les plus vulnérables doivent également pouvoir bénéficier d’un accompagnement afin que leurs enfants ne deviennent pas une source de revenus indispensable à la survie du foyer.

Car derrière le petit vendeur que l’on croise chaque matin se trouve peut-être un élève qui a quitté l’école, un talent qui s’éteint et un avenir qui se fragilise.

N’Djamena ne devrait pas être une ville où l’on reconnaît les enfants à leurs marchandises plutôt qu’à leurs cartables.

Un enfant devrait vendre des idées, des rêves et des ambitions sur les bancs de l’école, pas de l’eau en sachets au milieu des embouteillages.

La question n’est donc plus de savoir si le travail des enfants existe dans les rues de la capitale. Il est visible, quotidien et difficile à ignorer.

La véritable question est de savoir combien de temps la société acceptera de regarder cette enfance travailler sans agir.